Mise en cause après une série d’incidents mortels, l’entreprise chinoise dénonce l’incivisme des conducteurs et défend ses mesures de sécurisation
Le tronçon de route entre la douane d’Adidogomé et Zanguéra est devenu un véritable cauchemar pour les automobilistes togolais. Depuis plusieurs mois, cette portion de 400 à 500 mètres, où s’implante la base opérationnelle d’Ebomaf, concentre une succession d’accidents de la circulation dont le dernier en date, survenu mardi 9 août 2025, a ravivé la controverse.
Face aux accusations récurrentes qui pointent sa responsabilité dans ces drames, l’entreprise sino-togolaise en charge de la construction de l’axe Lomé-Kpalimé a décidé de sortir du silence pour défendre sa position et interpeller les usagers sur leurs comportements.
La base d’Ebomaf dans l’œil du cyclone
Chaque nouvel accident sur cette voie stratégique relance automatiquement les critiques contre Ebomaf. L’opinion publique reproche à l’entreprise d’entraver la circulation en occupant une partie de la chaussée avec ses installations, créant ainsi des conditions propices aux collisions.
Pourtant, selon les explications fournies par un responsable de la société, cette base opérationnelle n’est pas un élément perturbateur improvisé. « La base d’Adidogomé, qui abrite nos bureaux, magasins, centrale à béton et ateliers mécaniques, est installée depuis le lancement officiel du chantier », précise-t-il, rappelant la légitimité de cette présence.
L’entreprise revendique même avoir déployé un dispositif de sécurisation renforcé : panneaux de signalisation installés deux kilomètres en amont et en aval, signaleurs positionnés stratégiquement de chaque côté, consignes de sécurité clairement affichées.
« L’incivisme, véritable fléau de nos routes »
Loin d’accepter le rôle de bouc émissaire, Ebomaf retourne l’accusation vers les usagers de la route. Pour ses responsables, les véritables coupables sont à chercher du côté des comportements irresponsables au volant : usage du téléphone portable pendant la conduite, vitesse excessive, mépris de la signalisation routière.
« En un mot, c’est l’incivisme qui génère ces accidents, pas la présence de notre base », martèle le porte-parole de l’entreprise. Pour étayer sa démonstration, il évoque d’autres points noirs de la circulation togolaise : « Les accidents sont plus nombreux au carrefour de l’IPG ou au rond-point du marché, où pourtant aucune base de chantier n’existe. »
Cette argumentation vise à déplacer le débat du terrain de la responsabilité d’entreprise vers celui de l’éducation civique et routière, un enjeu majeur pour le Togo.
Un appel solennel à la responsabilité collective
Au-delà de sa défense, Ebomaf a tenu à rendre hommage aux victimes de ces accidents répétés. « Je m’incline devant toutes les personnes blessées depuis le début de ce grand projet qui constitue pourtant une fierté pour notre pays », a déclaré son représentant, adoptant un ton plus conciliant.
L’entreprise a conclu par un appel vibrant à la prudence : « La vie humaine est sacrée. La précaution en circulation doit être aussi naturelle que l’air que nous respirons. »
Cette sortie médiatique d’Ebomaf illustre un défi plus large : concilier les impératifs du développement infrastructurel avec la sécurité des populations. Entre accusations croisées et justifications techniques, une évidence s’impose : seule une collaboration renforcée entre autorités publiques, entreprises de travaux et citoyens permettra de sécuriser durablement ces axes en mutation.

