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Togo/Cession à tout va des actifs de l’état : Crépuscule du « Gouverner Autrement » de Dogbé

Ce n’est nullement le dernier des actifs de l’État cédés ou à céder à des consortiums étrangers. Il s’agit de la route Lomé-Kpalimé, longue de 120 km qui vient de passer sous le contrôle de Africa50, une plateforme d’investissements en infrastructures et ceci, à la suite d’un accord signé par le Togo. Un air de déjà vu qui se poursuit et qui questionne sur les réelles motivations des dirigeants togolais, questionne sur les capacités intrinsèques de l’intelligentsia togolaise à se prendre en charge puis, questionne surtout sur la gestion elle-même qui est faite de la nation togolaise. « Gouverner autrement ! » C’était ce qui a été promis par l’actuel gouvernement. Et pourtant !

 

 

 

 

Infrastructures routières : Africa50 apporte son soutien au Togo. C’est de cette manière que le gouvernement introduit le sujet, en parlant d’une signature de convention le 03 juillet 2023, portant sur le recyclage d’actifs pour le chantier de la route Lomé-Kpalimé. Ainsi, par cette convention, l’exploitation de cet axe routier Lomé-Kpalimé – en pleine réhabilitation à prix d’or avec plus de 214 milliards FCFA annoncés, – passe sous le contrôle de Africa50 qui s’engage elle aussi à libérer des fonds pour son aménagement et sa modernisation. En vérité, le projet est beau et pourrait même susciter un tonnerre d’applaudissements si des projets similaires n’avaient pas déçu et frustré les Togolais. Autrement dit, des privatisations du genre et des cessions à tout va d’actifs ou de capitaux de l’État togolais à des consortiums étrangers, sont monnaie courante au Togo, renvoyant à la litanie des saints chez les chrétiens catholiques, voire à la méditation des mystères douloureux du christ. Le mal est profond, mais pour l’heure, rien ne se fait afin de ne pas franchir le Rubicon.

 

 

 

 

La privatisation, cette autre plaie…

 

 

 

Eh oui, la plupart des privatisations conclues par le régime togolais depuis des lustres, loin d’apporter une plus-value à la République, lui crée plutôt de gros soucis, des ennuis. La preuve est cette gestion hasardeuse et scabreuse de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) par le Groupe singapourien OLAM. En effet, depuis 2020 qu’il est devenu la société au capital de la NSCT, OLAM ne fait qu’enregistrer des résultats médiocres en termes de production, donc très en deçà des attentes des populations. Car, de 137 000 tonnes de coton-graine réalisés en 2019 avant OLAM, la production de la NSCT chute drastiquement pour se retrouver à 46.000 tonnes en 2023 et sous les trois années de gestion de OLAM. Dans ces circonstances, le plancher sera très vite touché si rien n’est fait pour arrêter l’hémorragie. En guise de rappel, l’Hôtel Sarakawa a connu la même gestion médiocre sous la direction du Groupe français Accor. Une situation qui va plutôt coûter cher à l’État togolais. Car, du différend qui a opposé en juillet 2014, l’État togolais au Groupe Accor sur la gestion de ce patrimoine hôtelier repris par le Togo dans des conditions qui lui sont reprochées, le pays du président Faure Gnassingbé a perdu à l’international le procès intenté contre lui et condamné à payer au Groupe Accor, près de 3 milliards FCFA au titre de dommages. C’est presque dans les mêmes conditions que, en 2012, l’État togolais a été condamné à verser plus de 40 milliards FCFA à Elyo, une filiale de Gaz de France-Suez. C’était dans le cadre du démêlé judiciaire entre la CEET et Elyo. Dans les détails, en 2006, l’État togolais a été accusé d’avoir unilatéralement mis fin au contrat qui le liait à Togo Électricité pour reprendre la gestion de la CEET, cette compagnie électrique togolaise privatisée de 2000 à 2006 sous le nom de Togo Électricité dans le cadre d’une convention de partenariat avec le Groupement Elyo et Hydro Québec International. Ce fut d’ailleurs le deuxième exemple d’échec des privatisations au Togo, après celui de l’exploitation des phosphates, entre-temps privatisés via International Fertilizers Group (IFG). Plus tard, ladite société a été aussi reprise par l’État togolais et rebaptisée : Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), après le départ des partenaires tunisiens. Un rapide tour dans l’histoire des privatisations ou bradages des sociétés publiques au Togo, permet de découvrir de malheureuses histoires de la BTD, BTCI, Hôtel 2 Février, OTP, etc. En fait, se contant de génération en génération, la liste des privatisations à scandales que le Togo a connue, cette liste est tout aussi longue que l’accumulation de mauvaises expériences de partenariats public-privé qui attristent les Togolais. Dans ce contexte, l’on serait tenté de comprendre l’indignation des Togolais à l’annonce d’une plateforme d’investissements dénommée Africa50 qui, nonobstant les antécédents encore brûlants relatifs à la série d’échecs des privatisations au Togo, vient quant à lui s’immatriculer comme exploitant d’un axe routier togolais. Pour certains, l’information pourrait être à la limite considérée comme une provocation. Car, tenter de dissiper ou de faire passer aux oubliettes des antécédents quoique brûlants, pour à nouveau vendre du vent, de l’illusion ou du néant aux Togolais, c’est quand même faire preuve d’un courage fétide

 

 

 

La question de l’intelligentsia togolaise…

 

 

 

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », disait Albert Einstein. Alors, c’est en droit que beaucoup se demandent : « Où veut-on, en réalité, conduire le Togo, conduire le peuple togolais ? Une question légitime et sensée qui doit interpeller tous et à tous les niveaux. Car, en dépit des échecs répétés intimement liés à la série de privatisations, jamais les autorités togolaises n’ont cure de changer de postures, d’attitudes et de paradigmes, puisque le président et ses partisans sont restés dans une logique de facilité qui risque d’être fatale pour le pays. C’est-à-dire que des gouvernants qui, sans faire preuve de nationalisme, cèdent tout et à tout va, doivent inquiéter la postérité si les propriétés de l’État passent de mains étrangères aux mains étrangères et partent dans tous les sens. A cette allure, que restera-t-il au Togo en termes de propriétés si le système a encore de beaux jours devant lui ? La question demeure… Car, si au Togo, la Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER), a pu réaliser plus de 30 milliards FCFA de recettes au cours de l’année 2022, que ne fera-t-elle pas de plus grand les années suivantes si les finances sont assainies et les crimes économiques écartés ? Fallait-il nécessairement que le Togo cède à tout va ses actifs et à n’importe quel quidam étranger avant de se développer ? « On ne développe pas, on se développe », disait Joseph Ki-Zerbo pour bien marteler à qui veut l’entendre, que le développement est, en réalité, endogène. C’est dire que si on ne développe pas, on ne peut pas non plus aider à développer. Du syllogisme intégral ! Alors, que le Togo cesse de fantasmer devant l’étranger. Qu’il cesse de s’offrir et s’ouvrir comme une fille de joie avec laquelle, n’importe quel quidam viendra prendre son plaisir et s’en aller. Le pays mérite plus que ce qu’on lui offre actuellement, voire depuis plus de 50 ans. Donc de grâce, changez ! Le pays est à l’aube de sa faillite.

 

LA MANCHETTE

 

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