Politique

Togo : enrôlement des mineurs et des étrangers, refus d’inscrire des Togolais sur la liste électorale

Depuis quelque temps, le Togo s’illustre dans l’organisation des scrutins fraudés qui suscitent des contestations populaires toujours réprimées dans le sang par une soldatesque à la gâchette facile. Le seuil de l’intolérable a été franchi en 2005 où le scrutin présidentiel a été émaillé par des exactions ayant fait des centaines de milliers de morts, selon des organisations de défense des droits de l’homme, des départs massifs en exil et des mutilés à vie. Donnant l’impression d’être douloureusement touchés par ce drame, les nouveaux dirigeants ont posé des actes visant à éviter au pays de tomber dans pareils errements à l’avenir, la CVJR entre autres. Mais les élections qui ont suivi leur montée au pouvoir dans les conditions que tout le monde sait, ont démontré le contraire. Les mêmes causes ayant conduits aux exactions d’avril 2004 sont plus que jamais en vigueur. Pour les régionales et les législatives en vue, la couleur vient d’être annoncée avec le refus manifeste d’enrôler des électeurs potentiels dans la zone n°1 et l’enregistrement des mineurs et des étrangers sur la liste électorale dans la zone n°3, notamment Dans la zone n°1, la commission électorale nationale indépendante (ceni) a fermé les bureaux de recensement au nez des compatriotes soucieux d’accomplir leur devoir civique lors des prochains scrutins, pour mettre le cap sur les zone 2 et 3 de loin moins peuplées que la zone 1. En plus de cette volonté manifeste de la CENI de refuser d’enrôler des Togolais sur la liste électorale dans la zone 1, s’ajoute l’inscription des mineurs et des étrangers, sur cette même liste dans la zone 3 notamment. « En effet, l’enregistrement de mineurs et d’étrangers s’est déroulé avec ampleur durant la période du recensement dans la zone 3, quoique déjà observé dans la zone 2. Ce sont surtout les directeurs d’école qui étaient à la manœuvre en convoyant des élèves en bas âge pour les faire enregistrer. C’est le cas dans plusieurs CRV de la Kozah, notamment au CEG de Tomde et au Lycée de Pya.

C’est également le cas dans plusieurs CRV de la préfecture de Cinkassé, tels les EPP Timbou et Cinkassé, et dans de nombreux CRV des préfectures de Tone, Tandjouare, Kpendjal, Bassar et Dankpen. L’enrôlement des étrangers a été systématique dans les localités frontalières des pays voisins à l’Ouest et à l’Est du pays. On notera ces irrégularités dans la Plaine de Mô spécialement à Tindjassé, dans le Dankpen, à Guérékouka, dans la Commune de Tchamba 3 ainsi que dans la préfecture de la Binah. Dans la zone 2, les mêmes irrégularités ont été observées dans la préfecture d’Akébou, dans les cantons de Kpalavé, Kamina et Yalla, dans les préfectures de Wawa, de l’Est-mono, du Moyen-mono, du Haho et de Blitta », peut-on lire dans un communiqué de l’Anc rendu public à cet effet. Au CAR, les préoccupations sont les mêmes : « Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) suit avec la plus grande attention la ‘situation concernant les opérations de recensement électoral qui sont d’une importance capitale pour les prochaines élections.

Le CAR lors de son congrès statutaire du 27 mai 2023 a interpellé la CENI et le Gouvernement les invitant à la reprise des opérations du recensement dans la zone 1 eu égard aux multiples difficultés constatées et qui ont empêché une grande partie des populations de la zone 1 de se faire recenser. Vu que ce constat a été fait et reconnu par le Gouvernement lors du conseil des ministres du 8 mai 2023 de même que la CENI dans son communiqué numéro 003 du 05 mai 2023; Le CAR estime que le nombre de Togolaises et Togolais de tout bord politique, privés de carte d’électeur dans la zone est très important et pourra constituer une source de tension. Par conséquent, le CAR invite le Gouvernement et la CENI à tout mettre en œuvre pour corriger cette situation en reprenant pour quelques jours les opérations de recensement dans la zone 1 », a indiqué Yao DATE, président du CAR dans un communiqué Face à cette situation, la DMP, dans un communiqué « exhorte les populations togolaises et les compatriotes lésés par le refus de la CENI à rester mobilisés en attente de mots d’ordre éventuels. On ne peut indéfiniment priver les togolais du droit de choisir leurs dirigeants pour se maintenir au pouvoir ! » Malgré la contestation des dirigeants politiques et de la société civile, rien ne semble décider la ceni à revenir à de meilleurs sentiments pour rectifier le tir. Plutôt le président de cette institution a préféré de se moquer des Togolais à travers un communiqué au ton volontairement provocateur et à la limite de l’ironie. « Le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) félicite et remercie la population pour son engouement et sa forte mobilisation au cours de ce recensement dont les opérations de terrain sont définitivement terminées pour les trois (3) zones. Les opérations d’apurement du fichier électoral ont ainsi démarré », écrit-il.

Comme si pour remuer le couteau dans la plaie, Dago Yabré affirme que la ceni a atteint « des résultats escomptés grâce au dévouement et dynamisme des agents électoraux ». Aussi, leur adresse-t-il et à toutes les parties prenantes qui ont œuvré efficacement pour la réussite du recensement, ses remerciements. Il informe pour finir que les listes électorales provisoires seront affichées dans tous les Centres de recensement et de vote (CRV) en vue de permettre à chaque citoyen inscrit de s’assurer de la présence de son nom sur la liste des électeurs. « Cet affichage permettra également à toute personne de signaler toute inscription induite », a-t-il conclu. Cette façon, pour la ceni de procéder, fait craindre des élections biaisées dont les résultats seront rejetés par l’opposition et la majorité des populations résolument engagées dans la lutte pour un changement démocratique.

 

Le Changement

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