Economie

Le Président Sylvanus Olympio et le franc CFA

« Franc CFA : Franc des Colonies Françaises d’Afrique (1939-1958, 19 ans environ), Franc de la Communauté Française d’Afrique (1958-aux indépendances, 2 ans environ), Franc de la Communauté Financière d’Afrique en Afrique de l’Ouest et Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale après les indépendances (60 ans environ en 2023). »

 

 

Le premier Président de la République togolaise, Sylvanus Olympio, avait de solides raisons d’envisager la création du franc togolais, tout comme notamment les Chefs d’État malgache et mauritanien en avaient pour dire non au franc CFA1 et justifier leur préférence à une monnaie dont le corpus et les institutions sont de droit national. Il faut aussi avoir à l’esprit que ceux ayant choisi au contraire d’expérimenter un vivre ensemble monétaire et solidaire, qui étaient plutôt majoritaire parmi les pays francophones d’Afrique, avaient également leurs mobiles. En Afrique, depuis les indépendances et davantage de nos jours, le Chef de l’État fait généralement ce qu’il veut ; s’il se trouve mal inspiré comme souvent le cas, alors tant pis pour la République et la Nation et rarement tant pis pour lui sauf coup d’état ou assassinat. Les comment aires qui suivent rappellent le contexte du choix contrarié de Sylvanus Olympio de disposer d’une monnaie à corpus et institutions de droit national et abordent les leçons majeures que livre son projet avorté de monnaie et banque centrale togolaises. Ils sont organisés autour de quatre grandes idées, à savoir : Sylvanus Olympio était seul ou presque parmi des inconditionnels de vieille date de la France (i), le deal monétaire franco-africain de départ était faiblement pro nationaliste et sensiblement pro français (ii), les donnes vont laborieusement mais profondément changer à l’entame des années 1970 et le signe monétaire franc CFA aussi (iii), des leçons majeures se dégagent du choix contrarié de Sylvanus Olympio de disposer d’une monnaie et d’une banque centrale de droit national (iv). Le Togo a rejoint l’Union monétaire ouest africaine (Umoa), dont les dispositions régissent le fonctionnement du franc CFA de l’Afrique de l’ouest et ses édifices, par Convention signée en novembre 1963 à Nouakchott (Mauritanie), après l’assassinat de son Président, Sylvanus Olympio, en janvier de la même année à Lomé (Togo), et conséquemment enterré le projet quasiment achevé de création du franc togolais avec son promoteur.

 

 

Seul parmi des inconditionnels de vieille date de la France

 

 

 

La décision du Président Sylvanus Olympio, de sortir du franc CFA, est antérieure au Traité de création de l’Union monétaire ouest africaine (Umoa, mai 1962) qu’il n’a logiquement pas signé. Ce Traité a retenu, entre autres, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’ouest (Bceao) comme banque centrale unitaire des pays signataires. La Bceao existait déjà mais était de droit français avant les indépendances ; elle a remplacé en 1959 l’Institut d’Émission de l’Afrique Occidentale Française et du Togo ; elle est devenue un établissement public international africain sous l’égide du Traité de l’Umoa ; son siège a été provisoirement maintenu en France à Paris (jusqu’en juillet 1978) et sa direction générale également laissée aux mains des français (jusqu’en décembre 1974). Dans ce sillage, un français est nommé en septembre 1962 directeur général de la Bceao au statut juridique africanisé, le titre de gouverneur n’étant pas encore usité par l’institution. Parmi les pays signataires du Traité fondateur de l’Umoa figuraient en nombre des inconditionnels de la France parmi lesquels Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire, tous deux anciens députés… français et fraîchement premiers présidents de la République comme Sylvanus Olympio du Togo. Les États fondateurs étaient au nombre de sept : Côte d’Ivoire, Dahomey actuel Bénin, Haute-Volta actuel Burkina, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal. À l’exception d’un Togo encore nostalgique de son passé allemand, la plupart des pays fondateurs de l’Umoa y sont allés franco, sans être trop regardants sur les dispositions monétaires et administratives de ce proje t d’union monétaire ouest-africaine pour francophones aux conditions techniques et géopolitiques ostensiblement pro françaises. Toutefois, aussitôt signé en mai 1962, le Mali sort du Traité de l’Umoa le mois suivant (juin 1962) et de la Zone Franc, avant même son entrée en vigueur en novembre 1962 ; il crée sa banque centrale et met en circulation dans la foulée sa monnaie le 1er juillet. En février 1984, il reviendra vers l’Umoa, qu’il n’aura en réalité pas pratiquée, signer un Accord d’adhésion consacrant son retour 22 ans après une expérience chaotique de monnaie et banque centrale de droit national. Son économie et ses institutions bancaires étaient délabrées. Il sortait en outre d’une guerre aussi ridicule que brève contre son voisin le Burkina d’un certain bouillant Capitaine Thomas Sankara, qualifiée à l’époque de guerre de sous-développés. À ce propos, il s’est raconté qu’à peine commencé, ce conflit s’acheva heureusement faute de munitions d’un côté et de carburant de l’autre pour l’acheminement des renforts sur le front. Le Mali sinistré va retrouver une Umoa, une Zone Franc et un franc CFA et ses édifices qui, en raison de progrès indiscutables accomplis en matière de vivre ensemble monétaire et solidaire, ne sont plus tout à fait ceux de 1962, année de son retrait du Traité d’union monétaire en Afrique de l’ouest ; il s’acquittera d’un lourd ticket financier d’entrée lors de son retour. La Mauritanie sortira aussi de l’Umoa ainsi que de la Zone Franc en mai 1973 pour créer une monnaie, l’Ouguiya, et une banque centrale, la Banque Centrale de Mauritanie, toutes deux de droit national. Elle se retirera également de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) en 2000, officiellement au profit de l’Union du Maghreb A rabe, un projet qui n’a pu se concrétiser. La Mauritanie aura en définitive cheminé quand-même dix années durant av ec le Franc CFA avant de prendre ses distances visiblement, non pas avec les projets d’intégration et de vivre ensemble, mais avec l’A frique de l’ouest. Elle aura toutefois vécu les premiers aménagements structurants du vivre ensemble monétaire et solidaire du Traité de l’Umoa, notamment la levée totale du contrôle des changes par la France, le tout-premier avenant à la première Convention de compte d’opérations du 20 mars 1963 et la mise en place, en décembre 1972, d’un Comité ministériel chargé d’étudier les aménagements nécessaires au fonctionnement de l’Umoa qu’elle allait quitter six mois plus tard. Ces repères ci-dessus sont importants et en tous cas tout aussi importants que la situation favorable des agrégats macroéconomiques du Togo de l’époque, pays dont Sylvanus Olympio présidait aux destinées en qualité de Chef de l’État. Ce rappel n’enlève en outre aucun iota au fait que le Président Sylvanus Olympio, comparé à ses alter ego de l’époque et surtout à ceux qui ont pris sa succession après son odieux assassinat impuni six décennies après, était incontestablement compétent, bien formé et bien au fait des enjeux monétaires et géopolitiques originels notoirement pro français et de leurs suites. Ses successeurs par voie d’assassinat étaient pro français ou connus pour avoir été de ceux pour qui l’accession du pays à la souveraineté internationale ne revêtait pas d’urgence particulière.

 

 

 

 

Un deal monétaire de départ faiblement pro nationaliste africain

 

 

 

 

Des États souverains qui décident d’être ensemble ou non au plan monétaire le font in fine pour des raisons politiques, avec la particularité que les mêmes arguments et contrearguments motivant une quête d’indépendance peuvent en effet, en les présentant selon les intérêts du moment, justifier eux-aussi une adhésion à un viv re ensemble. Le choix d’un système monétaire communautaire ou celui d’un système monétaire de droit national pourrait également relev er d’ego personnel d’homme politique de premier plan, tous les pays n’étant pas organisés comme la Suisse où pour un oui ou un non et a fortiori pour une question structurante majeure sur la monnaie la population est appelée à voter et dans la transparence. Sur l’union monétaire en création, le Président togolais Sylvanus Olympio, presque seul parmi des inconditionnels de la France, était face à un deal monétaire de départ faiblement pro nationaliste et sensiblement pro français. Son assassinat en janvier 1963, formellement crapuleux mais aux conséquences politiques et sociales regrettables à maints points de vue, va perfidement ouvrir la voie à l’adhésion de son pays, le Togo, à l’union monétaire ouest afric aine, portée sur les fonts baptismaux en 1962, à laquelle il n’ét ait logiquement pas partie prenante ni signataire du Traité. En effet, en cette année 1962, son chantier de création d’une monnaie togolaise, le franc togolais, et d’une banque centrale de droit national était quasiment achevé. À l’avènement du Traité de l’Umoa et après la transformation juridique de la Bceao de l’époque coloniale en établissement public international post indépendance des États africains, le franc CFA était toujours de visibilité internationale limitée à la notification par la France de son existence au Fonds Monétaire International (Déclaration de parité du 26 décembre 1945), selon les exigences de l’époque ; il avait toutes les caractéristiques d’une sous-unité du franc français, monnaie de référence en laquelle il était convertible à un taux de change fixe. Le franc CFA était inconvertible, convertible néanmoins en franc français lui-même inconvertible, parce que la France, avec laquelle la Bceao (devenue établissement de droit public international) a prévu entériner une convention de compte d’opérations (un outil technique opérat ionnel depuis les années 1920), était sous un régime de contrôle strict de change. Ce régime des changes, limitatif des dépenses en devise et en franc français pour des motifs de rétablissement des grands équilibres macroéconomiques rompus en France, a été totalement abrogé en 1968 ; ipso facto, cette abrogation a rendu le franc CFA complètement convertible, de jure et de fait, dès cette année 1968 via le franc français auquel il était toujours rattaché. Ainsi, depuis sa création en 1939 à la naissance quasi informelle de la Zone Franc, jusqu’en 1968, le franc CFA était prisonnier du franc français et de la réglementation française des changes à laquelle sa réglementation des changes était assujettie. Pour qui s’y connaissait, doublé de fibres nationalistes de la trempe de celles du Président Sylvanus Olympio, cette situation de départ d’un franc CFA de l’Afrique de l’ouest toujours prisonnier du franc français en raison d’une réglementation locale des changes, française dans les faits, constituait un solide motif de rejet du modèle de vivre ensemble de l’Umoa naissante. Le franc CFA était en outre de facto une sous-unité du franc français en raison des conditions de fonctionnement du compte d’opérations d’export-import de l’époque auprès du Trésor français qui tournait in fine comme un office central des changes pour les pays africains francophones. Les c a r a c t é r i s t i q u e s – c l é étaient que la Bceao, à l’instar de la Banque des États d’Afrique Centrale (Beac),ne pouvait ouvrir de comptes qu’auprès des autorités monétaires françaises, donc en franc français uniquement ; forte de son statut de comptable et dépositaire exclusifs des opérat ions financières avec l’étranger de ses États-membres, règlements et encaissement s, la Bceao (dont le directeur général est demeuré français) va signer ou plutôt entériner sa première convention de compte bancaire avec les autorités monétaires françaises, vulgarisée sous l’appellation de convention de compte d’opérations avec le Trésor français (20 mars 1963).

 

 

 

 

Dans sa mise en œuvre, 100 % des recettes et dépenses en devises résultant des exportations et importations de biens et services et des prêts et emprunts à l’étranger étaient tenues en franc français, avec bien entendu leurs contreparties en franc CFA dans les livres de la Bceao. Si ledit compte d’opérations vient à manquer de provisions, le Trésor français y pourvoit (sur ressources du budget national français). En résumé, le Trésor français, en relation avec la Bceao signat aire d’un compte d’opérations dans ses livres, demeurait après les indépendances le banquier exclusif des États ouest-africains ; les devises étaient laissées en totalité par les États-parties dans des comptes à vue et n’étaient nullement confisquées par la France comme souvent vulgarisé à des fins malveillantes sur les réseaux sociaux. En d’autres termes, le schéma prévoit que la Bceao, dont le directeur général est demeuré français bien après l’entrée en vigueur du Traité Umoa, gère le franc CFA de son émission et la Banque de France sa contrepartie-devise en franc français exclusivement, avec des possibilités de découverts en compte garantis par le Trésor français sur ressources budgétaires françaises. Ça, c’était du temps du Président Sylvanus Olympio qui pouvait difficilement accepter un tel deal, faiblement compatible avec ses fibres nationalistes d’une part et d’autre part, notoirement anti mark allemand : un tel deal éloignait en effet son pays d’un partenaire aussi privilégié qu’historique comme l’Allemagne, premier et seul pays colonisateur du Togo. De plus, l’Allemagne était déjà ce pays connu pour sa gestion budgétaire et monétaire rigoureuse, son économie solide via une sacralisation du facteur travail et sa monnaie forte, soit tout l’inverse d’une France atypique par la propension de ses travailleurs à rouspéter, se mettre souvent en grève ou battre le pavé, ses déficits budgétaires et son fragile franc français etc. Un cliché largement répandu était que l’allemand est un travailleur infatigable. Le Président Sylvanus Olympio avait lui-aussi tout d’un travailleur infatigable, comme du reste il se disait généralement des togolais ; il n’y a rien d’étonnant qu’il fût visiblement moins admiratif du modèle français que du modèle allemand. Au final, le système d’allocation des devises pour les transactions internationales, de plus en plus strict en France en ces années-là, étendu aux pays subsahariens francophones devenus indépendants ou en voie de le devenir, la gouvernance de la Bceao demeurée entre les mains des français et les dispositions originelles casanières prévues pour le compte d’opérations auprès du Trésor français, à officialiser entre les autorités françaises et la future banque centrale de l’Umoa (finalement la Bceao), … ont pu rebuter, en marge des controverses politiques, le nationaliste Sylvanus Olympio, par ailleurs Chef d’État parfaitement au fait des complexes questions monétaires.

 

Les donnes vont changer et le signe monétaire franc CFA aussiLes donnes vont laborieusement mais foncièrement changer au fil des ans et des décennies, fort heureusement. En 2023, le franc CFA n’est plus inconvertible depuis plus d’un demi-siècle. Il n’a plus rien d’une sous-unité de signe monétaire. La Bceao, qui émet celui de l’Afrique de l’ouest et dont le capital social est exclusivement détenu par des États-membres africains, n’est plus dirigée par un français depuis bientôt 50 ans et ne peut plus l’être, sauf incongruités et stupidités comme ce fut le cas à «Air-Afrique» du nom de cette défunte compagnie aérienne multinationale et panafricaine, confiée de guerre lasse et en vain à un français parce qu’elle sombrait pour causes de surpolitisation foireuse de sa gouvernance. Entre temps, le franc français a disparu (janvier 2002) et le mark allemand aussi (janvier 2002), remplacés par l’euro, mais les politiques français sont restés atypiques, d’une décennie à l’autre, par leur gestion budgétaire notoirement déficitaire et répréhensible là où les allemands sont demeurés absolument rigoureux dans la gestion des affaires publiques en affichant avec récurrence un excédent budgétaire et une solide économie. Le Président Sylvanus Olympio s’était sans doute déjà convaincu au tout début des années 1960 que c’est ordinairement plus rigoureux chez les allemands aux plans monétaire et budgétaire. La levée définitive en 1968 de l’inconvertibilité du franc français, auquel il était arrimé, a libéré le franc CFA d’un carcan majeur en matière de change ; cette levée remonte déjà à plus d’un demi-siècle en 2023. Par ailleurs, les conditions de fonctionnement du compte d’opérations auprès du Trésor français n’ont eu de cesse d’évoluer pour en faire un véritable outil de gestion des réserves de change en sus de simple outil de comptabilisation qu’il était à ses origines. Les premières révisions de ladite Convention de compte d’opérations de mars 1963 se présentent sous forme d’un avenant en juin 1967. L’africanisation des cadres, non seulement pour tenir vertueusement la Bceao, mais aussi pour avoir des répondants de qualité dans les ministères en charge de l’économie et des finances, la tropicalisation ou mise aux normes locales des règles d’intervention de la Bceao en faveur des banques primaires et des trésors nationaux, de la loi bancaire et de la réglementation des changes, etc. ont été également des sujets majeurs abordés avec plus de réussites que d’échecs pour donner chaque jour davantage que le précédent une chance de survie au délicat vivre ensemble monétaire et solidaire résumé dans le Traité de l’Umoa. Force est de reconnaître toutefois que les réformes et réaménagements structurants ont été souvent engagés à train de sénateur, laissant l’impression d’un renoncement à la souveraineté monétaire. Ils ont été généralement devancés par des critiques récurrent es et acerbes sur la forme, le fond et le volet géopolitique dès les années 1970. Les toutes premières révisions majeures des dispositions abracadabrantes originelles du compte d’opérations de la Bceao auprès du Trésor français (mars 1963), de loin le principal sujet qui fâche, n’interviendront que dix (10) années plus t ard en décembre 1973 avec la signature d’un nouvel accord de coopération et d’une nouvelle convention de compte d’opérations ; il faudrait à toutes fins utiles se rappeler que le directeur général de la Bceao de l’époque, l’équivalent de nos jours du gouv erneur, était toujours français ; il fut nommé en septembre 1962, quasiment à la veille de l’entrée en vigueur du traité de l’Umoa (novembre 1962) et a continué de diriger l’institution (devenue africaine) pendant douze ans. Le premier africain ne sera promu dans la fonction qu’en décembre 1974, concomitamment à l’abandon du titre de directeur général au profit de gouverneur de la Bceao ; douze années se seront donc écoulées après l’entrée en vigueur du Traité de l’Umoa consacrant la Bceao comme établissement public international et banque centrale d’États africains souverains. Quant au Siège social de l’institution, il ne sera rapatrié en terre africaine à Dakar (Sénégal) qu’en juillet 1978, soit presque dix-huit (18) longues années après l’accession des États-parties à la souveraineté internationale etc. La prise en charge formelle, communautaire et apolitique des préoccupations macroéconomiques qui handicapent la saine mise en œuvre du Traité de l’Umoa et diluent les performances de la Bceao, notamment les politiques budgétaires et fiscales non approprié es dans les États, ne va intervenir (à l’initiative de la Bceao) qu’après trente deux (32) ans bien sonnés en 1994 ; elle est consécutive à l’adoption du Traité dit de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) prévoyant un organe à vocation de Secrétariat permanent dénommé Commission de l’Uemoa sur un modèle déjà en vigueur en Europe (Commission européenne, janvier 1958) dont elle est une copie parfaitement bancale. Le Traité de l’Uemoa arrive mieux vaut tard que jamais et coïncide pilepoil à 48 heures près (10 janvier 1994) avec un profond changement de parité (12 janvier 1994), justifié mais risqué pour le vivre ensemble en Zone Franc, d’un franc CFA de l’Afrique de l’ouest en déliquescence contrairement à celui de l’Afrique centrale. Les premiers programmes d’ajustement structurels avec le Fond Monétaire International (FMI) en 1980, auxquels vont souscrire tous les États au fil des années, ont pourtant sonné, près d’une quinzaine d’années avant le Traité de l’Uemoa de 1994, une véritable alerte sur des économies nationales en mal de croissance et de développement. En ces années-là, les chocs étaient essentiellement d’origine externe et se résumaient en la chute des cours des principaux produits exportés. Il y a eu aussi les partis uniques, partis-État, assassins des libertés publiques et des pouvoirs régaliens, notamment les pouvoirs exécutif et législatif. Puis sont arrivées des pratiques démoniaques : culte de la personnalité à la nord-coréenne du Président de la République, détournements inconsidérés de deniers publics par les régimes en place, politiques macroéconomiques déstructurant les secteurs sociaux au profit des budgets militaires ou plutôt des Présidences de la République tenues majoritairement par des militaires putschistes de faibles niveaux d’instruction ou de niveaux juste acceptables dans nombre de cas et sans expérience autre que d’avoir servi dans l’armée (française), népot isme, clientélisme, collusions et mauvaises accointances entre milieux politique et d’affaires qui annihilent l’intérêt général et t out es chances de développement etc. La lenteur des réformes idoines va handicaper la décolonisation de l’union monétaire, nourrir des critiques de plus en plus vives et populistes du modèle de v ivre ensemble monétaire et solidaire recherché, desservir profondément la Bceao et son franc CFA et installer durablement un cliché d’institution et de monnaie néocoloniales à la botte des français, avec la complicité de régimes politiques presque tous issus de putschs militaires ou d’élections présidentielles en veux-tu voilà. Ces critiques vont grosso modo faire l’apologie des frileux du franc CFA, promouvoir tout ce qui est de nature à discrédit er les relatio ns franco-africaines, dénoncer toute présence française dans le vivre ensemble des État s-part ies à l’Umoa et au-delà, rejeter en bloc, comme le fit le Président Sylvanus Olympio du Togo, ce signe monétaire dont l’image est devenue désastreuse au sein d’une jeunesse africaine réceptive au quart de tour à toutes propagandes anti franc CFA même cousues de fake news.

 

 

 

 

Des leçons majeures du choix de Sylvanus Olympio de disposer d’une monnaie et d’une banque centrale de droit national.

 

 

 

 

 

Contrairement au Président Sylvanus Olympio du Togo et à ses homologues de Madagascar et de Mauritanie notamment, qui ont décliné l’offre de vivre ensemble monétaire et solidaire, plusieurs dirigeants politiques de leur époque ont opté pour ce difficile et avant-gardiste schéma de l’Umoa. Ce schéma est en effet caractérisé par une monnaie générique, adossée à une mutualisation intégrale, et non partielle comme en zone euro, des réserves en devises des États-parties dont la gestion est confiée à une seule et même banque centrale ; celle-ci est chargée d’émettre les différentes monnaies nationales des différents paysmembres, de manière anony me uniquement dans leur visuel et leur appellation, mais autonomes et nationales comme signes monétaires sur les plans comptable et financier. Des difficultés s’annonçaient inéluctable ment de nat ure politique, au regard de positions, au demeurant compréhensibles, notamment d’un Chef d’État de la solide carrure intellectuelle et professionnelle de Sylvanus Olympio ; ces difficultés revêtaient par ailleurs des comple xit és t echniques mises en exergue par l’universitaire canadien Robert Mundell, fut ur Nobel d’économie en 1999, auteur de publicatio ns convaincantes dans ces années-là sur les zones monétaires optimales. Parmi ceux qui en fin de compte ont choisi dès 1962 l’aventure de l’Umoa, incertaine en raison de difficultés politiques et techniques, comme souligné précédemment, il y a la Côte d’Ivoire qui s’en sort plutôt bien, le Sénégal aussi qui vient d’enregistrer la plus forte croissance économique en Afrique subsaharienne et le Bénin qui passe de pays pauvre très endetté (PPTE) à pays à revenu intermédiaire tranche inférieure ; le Bénin ou Dahomey des années 1960, polit iquement plombé par un triumvirat présidentiel improductif, composé de personnalités qui n’avaient en commun que l’envie d’être Chef de l’État et le fait que tous étaient des talibés civils du Président français De Gaulle, et le Bénin du putschiste pseudo communiste Mat hieu Kérékou, autre talibé mais en treillis du même De Gaulle, qui naufragea son pays dans les années 1970 à 1990, ne pouvaient rêver une seule minute hors Umoa et giron français faire mieux que le Togo, aujourd’hui bon dernier avec la Guinée-Bissau au sein de l’Umoa. La solidité et la pertinence des politiques publiques font souv ent le gâteau et le franc CFA la cerise. Le franc CFA peut protéger des chocs extérieurs, par son régime des changes, booster l’économie nationale par ses règles génératrices de l’émission monétaire, préserver le pouvoir d’achat par sa gouvernance monétaire mais en aucun cas, ne peut corriger une politique macroéconomique lourdement desservie par la corruption, une incapacité manifeste des dirigeants politiques à promouvoir le progrès social et une absence de vision qui rassemble. Ce qui par ailleurs a pu être assujettissant est le fait que tout s’est organisé sur le plan géopolitique comme si le Traité de l’Umoa qui régit le franc CFA de l’Afrique de l’ouest et la Bceao était prévu pour être oublié entre les mains de la France. Ce sont là sans doute des enseignements majeurs à retenir de ce qui a pu motiver le refus du Président Sylvanus Olympio d’adouber le franc CFA originel de l’Umoa des premières années 1960 qui, dans le domaine des changes notamment, était sous cloche et ne pouvait être un signe monétaire au service de politiques publiques vertueuses. En clair, pour le Président Sylvanus Olympio, nul besoin de se mettre en union monétaire, avec ou non un taux de change fixe, si les fondamentaux qui permettent à une monnaie d’être un support de développement économique et social sont dilués ou faiblement pris en charge comme dans le cas de la Bceao et son franc CFA, à savoir : la souveraineté de la gouvernance monétaire et la qualité des politiques macroéconomiques. La gouvernance monétaire de l’Umoa originelle, inclusiv e de décideurs français à plusieurs niveaux et de règles scélérates comme en comport ait la première convention de compte d’opérations signée entre le Trésor français et la Bceao, avec aux commandes un directeur général français, édulcorait gravement sa souveraineté africaine aussi bien en termes d’images que de responsabilités ; cette gouvernance se construira et se reconstruira toutefois sans agitation révolutionnaire, avec plus ou moins de réussite via des réformes du corpus de départ et des institutions. Il aura fallu néanmoins attendre douze ans et l’arrivée d’un haut cadre ivoirien de grande probité et compétence, Abdoulaye Fadiga, en qualité de premier gouverneur africain de la Bceao, pour véritablement arracher l’outil de travail qu’est le franc CFA de l’A frique de l’ouest des mains et pas encore de l’influence des français et entamer le processus d’africanisation et de décolonisation conséquente de l’union monétaire ouest    africaine, accueillir à nouveau le Mali, pays fondateur en froid avec l’Umoa ancienne, et sonner le clairon d’importantes réformes institutionnelles. Le Gouverneur Abdoulaye Fadiga se révéla un homme remarquable, intègre, respectueux et respecté pour ce dont il était capable de bien aux plans administratif et technique pour la Bceao, un homme de conviction au caractère trempé doublé d’un visionnaire qui eut la lucidité de s’entourer de collaborateurs jeunes et compétents, au nombre desquels quatre (4), dont deux (2) parmi les plus proches, lui ont d’ailleurs succédé dans la fonction. S’agissant des exigences de politiques économiques de qualité, indispensables au bon déroulé de l’Umoa, des solutions structurantes ne seront recherchées que 32 ans après la signature de son Traité et donc de manière tardive, via la création de l’Union économique et monétaire ou Uemoa ; celle-ci va regrettablement effacer l’Umoa de la mémoire collective, une Umoa en outre passée aux   oubliettes à cause d’une communication axée sur la Zone Franc animée par les français au t itre de le ur politique de coopération avec les africains. Le Traité de l’Umoa n’est donc pas à confondre, ni sur la forme, ni sur le fond, ni même sur le contexte politique, avec le machin, mauvais plagiat de l’Union Européenne (UE), qu’est l’Uemoa ou Union économique et monétaire ouest africaine créée en 1994, trois décennies après l’Umoa, en formel remplacement de la Communauté Économique de l’A frique de l’ouest (CEA O) ruinée par une mauvaise gouvernance. Le chemin parcouru par le franc CFA, surtout dans les années 1970 à coups de réformes et globalement en 60 ans, sa capacité à préserver le pouvoir d’achat et partant, son potentiel à mettre les petits revenus relativement à l’abri de l’érosion monétaire, auraient probablement séduit Sylv anus Oly mpio. Ce qui l’aurait sans doute déçu est d’abord le temps mis pour amorcer «l’aspiration des États africains de la Zone franc à accroître leurs responsabilités dans le domaine économique et financier» (sic) pour reprendre une formulation, un brin malsonnant, publiée sur le site du Ministère français de l’économie, des finances et de la souveraineté indust rie lle et numérique à propos des accords de coopération monét aire des années 1970. C’est ensuite assurément, la médiocrité des politiques publiques dans nombre d’États-parties. C’est enfin probablement les pays qui, comme le sien, trainent des endettements improductifs et des produits intérieurs bruts lilliputiens d’une décennie à l’autre. En effet, le Président Sylvanus Olympio sait que des pays, qui ont choisi de vivre ensemble au sein d’une union monétaire du format de l’Umoa, ne devraient pas perdre de vue que le modèle et son pendant, le change fixe par rapport à une devise de référence, comportent une forte exigence de politiques budgétaire et fiscale vertueuses. En dépit d’imperfections politiques et techniques certaines, le franc CFA impulse chaque jour un vivre ensemble monétaire et solidaire mesuré et bénéfique, en étant devenu, à coups de réformes, un outil de travail et un signe monétaire pour politiques publiques vertueuses telles qu’avait commencé à les élaborer et les mettre en œuvre le Père de la Nation togolaise et Premier Président de la République Sylvanus Olympio dans son projet de création du franc togolais peu avant son grotesque assassinat. NB. L’opinion de l’auteur ne saurait refléter, ni de près ni de loin, les points de vue de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest où il était en fonct ion 25 ans durant , avant de se mettre à son propre compt e comme Consultant depuis 18 an s, ni ceux des partisans et admirat eurs du Président Sylvanus Olympio, ni ceux de sa famille biologique

 

 

Vilévo DEVO

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