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OLAM-NSCT : la mort d’un employé fait scandale, désillusion à l’horizon  

Privatisée par l’entrée en 2020 du Groupe Singapourien OLAM à hauteur de 51% du capital, la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT), l’une des grandes sociétés du Togo, bat sérieusement de l’aile du fait du déficit managérial de la direction actuelle avec pour conséquences, des performances en deçà des attentes et un climat social délétère. En bref, il s’agit d’une chute libre dans le total chaos si l’Etat togolais reste encore pour longtemps silencieux et sans aucune réaction pour sauver les meubles.

 

Cette volonté de céder tout ou partie de ses actions dans le capital social de la NSCT répond au souci du gouvernement de trouver un partenaire stratégique de renom, disposant de l’expertise nécessaire, susceptible de contribuer dans le domaine de l’agro-industrie, à l’atteinte des objectifs de l’axe 2 du Plan national de développement (PND2018- 2022), notamment le secteur cotonnier », déclarait le 29 juin 2020, le ministre de l’économie et des finances, Sani Yaya. C’était à la suite de l’adoption de la loi portant autorisation de la cession de tout ou partie des actions de l’État togolais dans le capital de la NSCT. L’objectif à terme, est de permettre à la NSCT de réaliser une gestion saine de l’industrie cotonnière au Togo, en améliorant également les conditions de vie des acteurs de la chaine de production et de transformation de la filière coton. Mais aujourd’hui, la déception est totale vu la situation qui va de mal en pis.

 

 

OLAM-NSCT, le mirage… !

 

 

Dans la parution, n°0146 du 24 février 2021, la rédaction du journal La Manchette tirait la sonnette d’alarme en démontrant que la production cotonnière repart à la baisse en dépit de la hausse considérable des surfaces cultivées. Aussi le journal précisa-t-il que pour manque criard de moyens de production dans les usines à une gestion titubante de la maintenance du parc d’engins et de véhicules lourds, l’État togolais qui nourrissait l’espoir d’un renouveau à la NSCT, risque malencontreusement de se retrouver dans sa position inconfortable des débuts. C’est-à-dire que ses ambitions, clairement affichées en 2009, puis en 2020 avec la cession de 51% du capital au Groupe Singapourien OLAM, seraient compromises s’il reste encore spectateur. Aujourd’hui, les faits sont là, patents.

 

 

 

En vérité, l’objectif visé à travers cette cession du capital, était de booster la production cotonnière à une échelle de 200 000 tonnes par an à l’horizon 2025, mais loin, bien loin des productions de ses voisins immédiats qui sont le Bénin et le Burkina Faso, mais aussi du Mali. Trois pays dont les productions se chiffrent à plusieurs centaines de milliers de tonnes. Cet objectif togolais, faut-il le rappeler, est l’une des actions prioritaires inscrites dans l’axe 2 du PND, notamment la transformation locale de la fibre. Mais fort est de constater que le déficit managérial de l’équipe dirigeante actuelle de la NSCT a pour conséquences, de très mauvaises performances en termes de production qui met à mal les défis primordiaux envisagés que sont la mise en œuvre des reformes fonctionnelles et structurelles de la structure, de la production et de la cohésion sociale au sein de la société.

 

 

NSCT, la déception…

 

 

Déception ? Le terme est assez illustratif des résultats décevants de la NSCT sous OLAM. Car, en se fondant, il y a quelques années sur ses investigations, la rédaction du journal La Manchette rappelait qu’entre 2009 et 2019, la production cotonnière oscillait entre 77 851 et 137 000 tonnes par an malgré d’énormes moyens investis et autres sacrifices consentis par le gouvernement togolais. Curieusement, avec le Groupe OLAM tant chanté aujourd’hui, la courbe décroît rapidement et vertigineusement au point que le plancher risque d’être bientôt touché si rien n’est fait. En effet, comment comprendre que depuis l’entrée du Groupe OLAM au capital de la NSCT, Groupe qui a fait ses preuves dans divers pays avec des résultats encourageants en dépit de quelques déboires enregistrés çà et là dans certaines de ses actions, au Togo, la production cotonnière chute drastiquement d’année en année, en passant, selon les informations recueillies, de 137 000 tonnes en 2019 avant l’entrée de OLAM, à 46 139 tonnes en 2022-2023, soit une chute de plus de 65% de la production. Fait plus curieux, ce phénomène de chute libre de la production est observé malgré la présence des «grands consultants» au prix d’or et au service de la direction de la NSCT qui semble être incapable de mettre en œuvre les réformes nécessaires promises par le Groupe OLAM pour aider le gouvernement togolais à atteindre ses objectifs, notamment l’industrialisation par la transformation locale des matières premières et par ricochet, la création d’emplois. Or, avec ce projet OLAMNSCT, c’est plutôt le revers de la médaille avec une production qui chute drastiquement, un clientélisme qui s’installe, un climat social qui se détériore au jour le jour entrainant une démotivation du personnel « depuis le licenciement maquillé en départ volontaire de plus de 48 personnes », apprend-on, -confer fac-similé.

 

 

 

NSCT, les griefs du personnel désabusé…

 

 

 

 

 

Depuis sa prise de fonction, l’actuelle équipe dirigeante peine à démontrer ses capacités de leadership, font savoir certains employés qui requièrent l’anonymat, accusant dans la foulée la direction de ne pas, elle-même, respecter la démarche de changement prônée par le Groupe OLAM. Aussi dénoncent-ils les réunions de concertation avec les acteurs de la filière qui sont quasiment inexistantes de même que les tournées de sensibilisation avant le démarrage des campagnes cotonnières. Conséquence directe : les producteurs se tournent massivement vers d’autres produits autre que le coton, notamment, le soja. Au sujet des ressources humaines, elles sont gérées de « façon archaïque », déplorent-ils en se fondant sur la gestion qui est faite d’un décès accidentel au sein de la structure. En effet, lors de la mise en marche d’une machine en maintenance inachevée qui a causé la mort d’un employé à l’usine de Talo, il en ressort que malgré la gravité de la faute, les cadres expatriés de la structure n’ont jamais été inquiétés. « Suite au décès accidentel de cet agent subalterne togolais », expliquet-on, dépité, « seuls les agents locaux, c’est-à-dire, les cadres techniques togolais ont été sanctionnés pour des fautes dont ils ne sont, en réalité, pas directement responsables et qui devraient être assumées par la direction générale des opérations et le soi-disant consultant industriel. Mais aucune sanction n’a été infligée aux cadres expatriés en charge de la supervision des travaux de maintenance dans les usines », dénonce un membre du personnel qui déplore que la direction n’a tiré aucune leçon de cet accident vu que les mauvaises pratiques se perpétuent. Pour ce qui est du décès accidentel du jeune togolais de 25 ans, nommé KANGO Kokou Dji Agbe Binjarim, un personnel raconte les faits : « Dans la matinée du 19 février 2023, l’équipe de production était en train de reconditionner les balles mal formées sur une machine ensacheuse nouvellement installée. La balise de protection qui devrait empêcher le contact de tout corps humain à la machine n’a pas été placée et, un employé voulant ajuster une balle en cours de reconditionnement sur la machine, s’est vu convoyer par la machine avec la balle de coton de plus de 200 kg où il a été coincé au niveau de l’entonnoir d’ensachage causant sa mort ».

162_23122022_NS portant sur les mesures d’adaptation liées à la diminution de la production

Dans un certificat médical de cause de décès, le médecin qui a examiné le corps sans vie de KANGO Kokou DjiAgbe Binjarim a décrit la cause de sa mort en ces termes : Extrême compression en étau (entre le ballot de coton de plus de 200 kg et la lame métallique de la cage thoracique, asphyxie puis la mort. Le médecin a aussi précisé qu’aucun espace ou corps étranger n’a été prévu entre l’espace de frottement du ballot de coton et la lame métallique, confer fac-similé. Des faits qui prouvent à suffisance, les malheureuses conditions de travail à la NSCT sous le Groupe OLAM. Pour rappel, en 2021, le journal La Manchette révélait ce qui semble être une pratique clientéliste, le fait qu’une seule et même société gagne systématiquement tous les appels d’offres relatifs aux commandes des pièces détachées pour les engins et véhicules lourds de la NSCT. Nous citions à l’époque les commandes en date du 27 janvier 2021 intitulées « commande d’un lot de pièces détachées pour Engins de travaux publics ; « commande d’un lot de pièces détachées pour Tracteurs agricoles » ; « commande d’un lot de pièces détachées pour camion benne », etc. toutes ces commandes d’une valeur estimée à plus de 135 millions FCFA ont été encore enlevées par la société en question. « Ces mauvaises pratiques clientélistes ont cessé pendant que d’autres ont la vie dure », renseigne-t-on. En tout état de cause, étant toujours actionnaire à 49% de la NSCT, l’Etat togolais se doit de rappeler le Groupe OLAM à ses obligations et objectifs afin que l’actuelle direction tant décriée de la NSCT, se ressaisisse et revienne aux bonnes pratiques managériales, en cessant toute attitude qui mettrait en grande difficulté l’une des grandes sociétés du pays qui a fait le bonheur des acteurs de la filière coton mais qui aujourd’hui, se meurt à petit feu avec une tension observée chez le personnel, surtout local (togolais). Que l’Etat togolais prenne ses responsabilités avant qu’il ne soit tard, et ainsi, sauver ce qui peut l’être dans ce secteur pour faire revivre à tous, le plaisir du coton togolais, jadis très prisé à l’international.

 

 

Sylvestre BENI

 

La Manchette

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