Environnement

Réunion de Lomé sur les engrais et la santé des sols: Et si René Dumont avait toujours raison 63 ans après les indépendances !

Lorsque l’agronome français, René Dumont, écrivait en 1962 que « L’Afrique noire est mal partie », il s’est attiré la foudre des Africains. Mais le temps finit par lui donner raison. Déjà à l’époque, il dénonçait la corruption des élites africaines, de même que leur tendance à promouvoir une agriculture extravertie basée sur les cultures de rente héritées de la colonisation. Pour René Dumont, les Africains devraient reprendre en main leur agriculture en mettant l’accent sur les cultures vivrières locales afin d’éradiquer la faim, de rétablir l’autosuffisance alimentaire et de sauvegarder la fertilité des sols. Et comme les gens n’aiment pas entendre la vérité, nos élites politiques devenues des valets de l’Occident n’ont pas pris ces conseils au sérieux. Plus de 60 ans après, nous voilà au bord du précipice.

 

 

Les terres sont pauvres, les cultures vivrières manquent, la faim règne en maître, les prix des cultures de rente sont toujours fixés de l’extérieur. Et, au lieu de s’asseoir pour trouver des solutions appropriées, nos élites ont cru bon de se tourner encore vers les fossoyeurs. C’est ainsi qu’une réunion s’est tenue à Lomé du 30 au 31 mai dernier. Qualifiée de « Table ronde de Lomé sur les engrais et la santé des sols en Afrique de l’Ouest », elle a rassemblé les dirigeants de la Sous-Région. Le président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Umaro Sissoco Embalo, le vice-président de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, les représentants de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), du Comité permanent InterÉtats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS), du Centre International pour le Développement des Engrais (IFDC) et les patrons de l’industrie des engrais y étaient également présents. Une Feuille de Route sur la santé des sols a sanctionné la fin des travaux qui ont pour thème « Cultiver l’avenir en nourrissant les sols »

 

 

Le sens de la rencontre, selon les organisateurs et les participants

 

 

 

Organisée par le gouvernement togolais, la Banque Mondiale et la CEDEAO, la Table ronde de Lomé se veut le pivot de l’accélération des investissements et des réformes pour rendre les engrais plus accessibles et plus abordables, sans oublier l’urgence de sauvegarder ou de restaurer la santé des sols. Pour l’hôte de la Table ronde, Faure Gnassingbé, « sans vision, sans stratégie, les engrais passent bien vite d’une promesse de restauration des sols à la cause de leur détérioration. Face à ce besoin de trouver un juste équilibre, la planification et l’implication de l’Etat s’imposent. C’est pourquoi je suis favorable à une planification régionale. Comme l’illustre la Feuille de Route présentée ce jour, notre vision doit être sous- régionale avant tout ». A l’issue de la rencontre, les chefs d’industrie et les partenaires de développement de l’Agence Régionale pour l’Agriculture et l’Alimentation en Afrique de l’Ouest (ECOWAP) ont réaffirmé leurs appuis pour une approche innovante et intégrée de la gestion durable de la fertilité des sols. « En faveur des pays membres de la CEDEAO et avec les partenaires au développement, la Banque Mondiale s’engage à accroître leur soutien financier et technique pour une agriculture résiliente porteuse de développement durable et créatrice d’emplois. Nous travaillons avec les institutions africaines pour promouvoir la santé des sols et lutter contre l’insécurité alimentaire », a déclaré Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. La Banque mondiale a annoncé 1,5 milliard de dollars supplémentaires dans le secteur de l’agriculture d’ici 2024, passant de 4 milliards déjà engagés et en cours de mise en œuvre à 5,5 milliards de dollars. Il s’agit d’un soutien continu aux réformes nécessaires pour l’amélioration de la santé des sols et le renforcement du secteur des engrais en matière de gestion des subventions, de contrôle de qualité et traçabilité à travers des opérations de politique de développement et des projets de production d’engrais verts. Les Pays-Bas ont également annoncé 100 millions d’euros pour soutenir le secteur en Afrique de l’Ouest au cours de la prochaine décennie. A en croire Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, « à travers l’adoption d’une Feuille de route commune, les pays de la CEDEAO s’engagent à améliorer l’accès aux engrais minéraux et organiques des petits producteurs et productrices agricoles, en mettant l’accent sur les cultures assurant la sécurité et la souveraineté alimentaires des populations et la mise en œuvre des actions prioritaires, »

 

 

 

Le contenu de la Feuille de Route

 

 

 

 

La Feuille de Route adoptée à l’issue de la Table ronde contient six axes : le triplement de la consommation d’engrais et le doublement de la production agricole d’ici 2035 grâce à l’adoption d’une approche intégrée de la gestion des terres et de la restauration de la santé des sols ; une amélioration urgente de l’accès aux engrais minéraux et organiques pour les petits exploitants agricoles, avec un focus sur les cultures résilientes au climat afin de garantir la sécurité alimentaire des habitants de la région ; l’adoption de mesures politiques visant à faciliter l’accès et l’utilisation d’engrais en éliminant les frais de douane et les taxes, en promouvant la transparence, et en développant les capacités en matière de contrôle de qualité et de traçabilité, par l’établissement du Comité ouest africain de contrôle de la qualité des engrais ; le renforcement des systèmes de recherche et développement dans le domaine de la gestion durable des terres, y compris par l’adoption de nouvelles technologies ; la promotion des investissements dans le domaine des transports, de l’expédition, et des infrastructures de stockage, ainsi que la mise en place de mécanismes de financement et de partage des risques pour les fabricants d’intrants et les distributeurs au sein de la région, avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale (GBM), des banques régionales d’investissement et de développement (BIDC, BOAD), des banques africaines (BAD, Afreximbank) ; et le renforcement de la collaboration régionale pour améliorer la production, l’achat et la distribution des engrais organiques et minéraux dans l’espace communautaire par l’opérationnalisation du Mécanisme africain de financement du développement des engrais.

 

 

 

Qui trompe qui ?

 

 

 

Comme on le voit, les axes de la Feuille de Route sont à première vue séducteurs. Mais quand on lit entre les lignes, on se rend compte que nos dirigeants comptent sur la Banque Mondiale et ses filiales africaines pour avoir des engrais de qualité, protéger les sols, soutenir les paysans et faire décoller l’agriculture en Afrique de l’Ouest. Or, cette Banque Mondiale fait partie des institutions de Bretton Woods qui ont imposé les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) aux pays africains dans les années 1980. On se souvient, les PAS ont obligé les Etats à se désengager des secteurs sociaux et de production. Ce qui a plongé l’Afrique noire dans le désarroi permanent. Le salut de l’Afrique ne peut donc pas venir de ces institutions qui perpétuent l’impérialisme occidental. Si nos dirigeants sont conséquents, qu’ils repensent leurs stratégies. Il est inadmissible qu’après 60 ans d’indépendance, le berceau de l’humanité se tourne encore vers l’extérieur pour s’épanouir. Il est temps de mettre fin à cette dépendance maladive. Nous avons les matières premières comme le phosphate pour produire suffisamment d’engrais. Plus besoin d’attendre l’Occident prédateur qui donne d’une main et retire par l’autre. Pensons-nous que ces donateurs vont nous laisser utiliser leurs engrais pour développer les cultures vivrières comme le maïs, le haricot, le mil, le fonio, le sorgho, l’igname ? Non ! Ce sont les cultures de café et cacao qui les intéressent ! Des produits qu’ils consomment et dont ils peuvent nous imposer le prix de vente. La Table ronde de Lomé serait opportune si elle avait accouché d’un projet de construction d’une usine sousrégionale de production d’engrais avec des fonds propres.

Asséyé

Source : La Dépêche

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