Economie

« Pagaille » de la PIA, lenteur pour l’agrément, difficultés de commercer… lacteurs de la filière soja en colère

 

 

 

 

Venus de toute l’étendue du territoire national, les acteurs de la filière soja, ont pris d’assaut ce mardi, 30 mai 2023, le siège du Conseil interprofessionnel de la filière soja pour crier leur ras-le-bol face à la gestion faite de la filière, cause de multiples problèmes rencontrés au cours de la campagne de commercialisation 2022-2023 en cours. Les producteurs disent en avoir assez du refus délibéré d’achat des semences, en plus des desiderata de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) qui en rajoute au désespoir des acteurs de la filière. Ils en appellent à la réaction des gouvernants.

 

 

Q uatre-vingt mille 80 000 tonnes, c’est la quantité de soja qui dort chez les producteurs, soit près du tiers de l’objectif de 300 000 tonnes fixé par le gouvernement togolais aux producteurs pour le compte de la campagne d’achat 2022-2023, contre 250 000 tonnes l’année précédente. Mais le hic, est que ces 80 000 tonnes deviennent une charge pour les producteurs, faute d’acheteurs. Plus grave, c’est les microfinances qui menacent ceux et celles qui sont sous prêts. L’atmosphère devient alors invivable et les producteurs ne savent plus à quel saint se vouer. Ce mardi, 30 mai 2023, comme ils l’avaient fait le 09 novembre 2022, les producteurs ont envahi le siège du CIFS pour se faire entendre. « Nous avons beaucoup de difficultés et nous sommes venus voir le CIFS pour voir dans quelle mesure on va trouver des solutions. Pour la campagne (de commercialisation, ndlr) de cette année, à ce jour, nous n’avons pas liquidé nos productions. Elles sont encore entre les mains des producteurs. On ne comprend pas », déclare, dépité, Ibrahim Laré, Secrétaire Général de la Fédération nationale des coopératives productrices du soja (FNCPS). Pour renchérir, Mme Daloli Mimbouab, productrice à Nyamassila se cache pas sa colère et son découragement : « La campagne nous a découragées, surtout nous les femmes. Avec la production de soja, on arrivait à s’en sortir et à s’occuper de nos enfants, surtout leur scolarisation. Voilà que la campagne a été très mauvaise, nos produits n’ont pas été pris comme on le veut. Là où nous sommes, nous sommes découragées, on n’a même plus l’argent pour louer les terres, puisque la terre n’appartient pas à la femme ; on la loue à 25 000 Francs, on produit et on ne vend pas, nos stocks sont emmagasinés dans nos chambres. On a fait même la torrification pour préparer la pâte, faire du wagashi, on a mangé fatigué (sic). Nous voulons le marché pour écouler le soja et reprendre la campagne agricole », a-t-elle ajouté, regard larmoyant. « Si on n’arrive pas à vendre, est-ce qu’on va pouvoir encore produire le soja ? (…) Si le CIFS ne prend pas des mesures pour trouver des solutions, cette année, on ne va pas produire (le soja, ndlr). Nous avons aussi beaucoup de quantités de semences qu’on n’a pas liquidées parce que la PIA ne les a pas prises. Nous, notre patron, c’est le CIFS, voyez comment vous allez faire pour trouver des solutions, sinon cette campagne, on ne produit plus », menace Ibrahim Laré.

 

La question de la PIA…

 

 

 

 

De l’espoir au désespoir, les producteurs accusent la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). « La PIA est arrivée et l’espoir est revenue, parce que nous croyions que nous allions vendre. Mais avec cette campagne 2022-2023, on s’est rendu compte que le rêve n’est pas devenu réalité. Les paysans que nous sommes, nous avons aujourd’hui des quantités importantes de soja en stocks, près de 80 000 tonnes encore dans des magasins et dans des foyers des paysans alors que ces derniers doivent de l’argent aux microfinances (…) Nous ne dormons pas, nous avons des soucis et on est inquiet parce que nous voulons sauvegarder cette filière », fait savoir Novissi Téwou, le Représentant des producteurs de la région des Plateaux. « C’est la PIA qui est à l’origine de la pagaille sur le terrain », lance un autre producteur avant de se reprendre en ces termes : « nous ne travaillons pas pour la PIA, mais nous sommes des partenaires. Et en tant que partenaires, nous nous devons respect mutuel. Mais aujourd’hui, on a l’impression que la PIA nous utilise comme ses cultivateurs », assène-t-il encore avant d’appeler l’Etat à suivre de près les activités de la PIA, puisque beaucoup doutent sérieusement que la Plateforme industrielle d’Adétikopé transforme sur place le soja togolais comme promis au début.

 

 

Le CIFS joue à l’apaisement

 

Face à une ambiance surchauffée, les responsables du CIFS n’ont d’autre choix que de calmer les ardeurs. « Chers producteurs, vous et nous, notre activité, c’est l’agriculture. Donc tout ce qu’on peut demander aujourd’hui, c’est de retourner produire. On va produire pour soit le transformateur, soit l’exportateur jusqu’à ce que l’autorité puisse nous rassurer que les problèmes de la campagne dernière ne vont plus se reproduire », lance le Secrétaire Général du CIFS à ses collègues, conseillant dans la foulée, les uns et les autres à retourner aux activités. « Mais, nous allons vous revenir dans un bref délai sur la question que nous allons discuter avec l’autorité et nous pensons qu’on trouvera le juste milieu », a-t-il ajouté. Le Président de l’interprofession, Komlan Kadzakade a, quant à lui, expliqué les causes des problèmes qu’ils rencontrent, entre autres, le lancement tardif de la campagne 2022-2023 et les difficultés liées à l’obtention des agréments. « C’est à partir de janvier (2023, ndlr) que les premiers agréments ont commencé à sortir. Or, les commerçants-exportateurs, ceux qui achètent notre soja, signent déjà les contrats avec leurs partenaires à partir de novembre. Voilà que c’est en janvier qu’ils ont eu les agréments, ça veut dire qu’ils n’ont pas pu signer les contrats, les anciens sont résiliés », dit-il, rassurant comprendre les préoccupations des producteurs et les assurant que le CIFS prendra attache avec les autorités compétentes afin de trouver une solution rapide et pérenne aux problèmes soulevés.

 

 

Source : La Manchette

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