Société

Boissons alcoolisées en sachet : ces tueurs silencieux

« Alomo Bitters, Caférhum, Calao, Warba, Pastis… ». Voilà quelques noms des boissons alcoolisées en sachet qui circulent dans notre pays. Ce sont des variantes du Whisky conditionné en plastique. On les voit presque sur tous les étalages d’alimentation générale. Déclarées impropres à la consommation par les professionnels de la santé, l’Etat togolais n’a attendu que l’année 2019 pour en interdire la production, l’importation et la commercialisation. Paradoxalement, plus de trois ans après cette interdiction, on constate que les producteurs et les commerçants de ces boissons ont plutôt le vent en poupe. L’activité est très juteuse, selon plusieurs témoignages. Mais les conséquences sont dramatiques pour les consommateurs et la société. Les conditions de production et la composition chimique ne respectent aucune norme. Seule la disponibilité sur le marché importe. Ce qui rend le whisky en sachet hautement toxique. Une sorte de poison qui détruit le foie, les reins pour finalement conduire à la mort quelques jours, quelques mois ou quelques années plus tard.

Un engouement malheureux pour cette toxine

La population togolaise est majoritairement pauvre. Difficilement les gens arrivent à manger une fois par jour. Les plus chanceux dans le bas peuple peuvent aller à deux repas dans la journée. Cette misère contraint une grande partie de la population à noyer ses problèmes dans l’alcool. On voit comment les bars et les débits de boissons pullulent. C’est dire que la clientèle est abondante et ce sont ceux qui trouvent les deux repas par jour qui ont la chance de fréquenter les bars. Puisqu’une bouteille de bière ne coûte pas moins de 600 FCFA. Les plus pauvres qui ont à peine un repas par jour se rabattent, pour leur part, sur les variantes du Whisky en sachet. Avec 100 FCFA, on peut se souler la gueule et avoir la même sensation que celui qui a pris une bouteille de bière. Il arrive parfois que ceux qui ont la possibilité de s’offrir des bouteilles de bière n’ont pas assez de moyen pour ça et pour atteindre leur extase, ils complètent leur dose avec des boissons en sachet. Résultat de course, on se retrouve avec une jeunesse ivrogne, désœuvrée, malade, agressive, mourante, perdue et auteur de plusieurs accidents de circulation. Or, on a l’habitude de dire que la jeunesse est la relève de demain. «Mais, peut-on construire un pays avec des soulards ? Certainement pas», répondra le politologue Camerounais Charles Atéba Eyéné ! Le mal est profond.

Une activité illégale qui prospère malgré tout

Certaines de ces boissons sont importées sans que les acteurs ne soient inquiétés par la douane. D’autres sont produites en interne au vu et au su de tous. Les forces de l’ordre arrêtent par moment quelques producteurs. Mais très souvent, ce sont des menus fretins. Les gros poissons ne sont pas inquiétés et se la coulent douce. Sinon, comment comprendre que l’arrêté interministériel pris le 24 octobre 2019 par le ministre du Commerce et ses collègues de la Santé et de l’Economie demeure sans effet. Alors qu’il menaçait que « la production, l’importation et la commercialisation des boissons alcoolisées en sachet plastique est interdite sur toute l’étendue du territoire national. Tout contrevenant aux dispositions du présent arrêté sera puni conformément aux textes en vigueur ». Lorsque le pouvoir politique est inféodé par la mafia, on ne peut qu’assister à de tels écarts entre les lois et la réalité sur le terrain. C’est dans ce pays que le chef de l’Etat a décrété en 2011 l’interdiction de la production, de l’importation et de la vente des sachets et emballages plastiques non biodégradables. Cependant, cette mesure reste inappliquée. L’Etat continue de traiter avec les producteurs et les commerçants en toute illégalité. Ce qui amène à se demander à quoi servent les mesures de lutte contre les produits et les pratiques qui nuisent à la population.

C’est la raison qui différencie l’humain de l’animal

Si l’Etat refuse de réprimer la mise sur le marché des produits impropres à la consommation, il revient à la population de s’abstenir. Aucun vendeur ne va obliger un consommateur à acheter son produit. L’être humain est doté du libre arbitre et nous devons en faire usage pour ne pas être continuellement victimes de la complicité entre l’Etat et les opérateurs économiques véreux. La santé est d’abord une affaire individuelle avant d’être collective. Chacun est donc responsable de ce qu’il met dans son ventre.

Source : LA DÉPÊCHE- N°1147 du 24 Mai 2023 (titre changé)

 

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