Opinions

Togo : les journées nationales du sport : une réminiscence des animations politiques? (Tribune)

 

Le juriste Bibi Pacôme Mougue a produit une réflexion assez pertinente sur les journées nationales du sport organisées depuis quelques mois au Togo en faisant un parallèle assez subtile avec les  époques d’animations politiques.

Lisons

Même si on peut arguer, à décharge, que le sport, le chant et la danse ont des bienfaits pour la santé de l’esprit et du corps, on peut, à certains égards, penser que les journées nationales du sport sont pour le régime du Fils ce que les animations populaires [chants et danses exécutées par les populations ou de certains « groupes chocs », sur les places/voies publiques] étaient pour le régime du Père; les deux pratiques procédant, par ailleurs, de la même dynamique mimétique exogène dans leur essence.

 

Certains éléments de cette initiative, quoique noble dans son principe, nous conduisent à y voir une forme de résurrection, de résurgence ou de réminiscence, peut-être involontaire, d’un vieux stratagème politique de l’époque du parti unique et de la dictature, qui confine aux portes du culte de la personnalité, et de l’endoctrinement ou de l’endormissement de la conscience critique des masses populaires.

 

À titre illustratif, le fait, d’avoir marqué un arrêt pour faire des exercices d’étirements devant une affiche géante à l’effigie du Chef de l’État, à l’occasion d’une des journées nationales du sport, n’est ni neutre ni banal, en soi.

 

L’autre chose qu’il me faut souligner c’est le fait pour certains membres du gouvernement ou leurs émissaires de s’adresser aux participant.e.s de ces journées nationales du sport, pendant des temps plus ou moins conséquents, pour leur porter divers messages qui sont susceptibles d’aller au-delà du cadre sportif initial, pour devenir des louanges au Chef de l’État, son leadership, ses nombreuses qualités, ses bienfaits et ses réalisations,  qui peuvent éventuellement déboucher sur discussions relatives à la gouvernance du pays, à des choix de politiques publiques, voire des questions purement politiques.

 

Disons la chose sans détour : à travers les messages délivrés aux participant.e.s de lors de ces activités sportives, on peut très vite détourner ces journées nationales du sport de leur vocation première, et les faire basculer, subtilement, subrepticement, brièvement, temporairement, vers des formes de réunion politique, de meeting politique voire des pre-campagnes, sans le dire explicitement. Surtout vers l’intérieur du pays.

 

Dans ces conditions, des questions juridiques et politiques peuvent légitimement se poser, au regard des exigences de la loi sur les manifestations publiques, du code électoral, mais aussi des principes d’équité et de transparence qui sont censés régir le jeu démocratique.

 

En outre, s’agissant du Président de la République, sous le leadership duquel se tiennent ces activités sportives d’envergure nationale, plaise à qui veut de nous dire sur quelle voie publique ou dans quelles ruelles, et avec quelles populations il sort régulièrement courir et faire ses étirements, à l’occasion de ces journées?

 

Le leadership éclairé, etc., c’est bien. Mais, le leadership par l’exemple, c’est encore mieux. Donc, s’il vous plait, dites-nous où, avec qui, et comment le Chef de l’Etat fait son footing lors des différentes journées nationales du sport?

 

Pour finir, au regard des fortes pluies qui s’abattent sur plusieurs localités du pays, qui débordent les bassins de rétention d’eau et qui posent des problèmes d’inondation, peut-être conviendrait-il d’intégrer la natation parmi les activités des journées nationales du sport. Peut-être.

 

Je parie que nombre de togolaises et de togolais ne savent pas nager et qu’ils souhaiteraient bien apprendre pour se prémunir des risques de noyades, mais aussi pour leur santé, leur bien-être, et peut-être enfin par passion sportive. Qui sait? Il y a peut-être des Laure Manaudou et des Michel Phelps qui sommeillent en certains de nos concitoyen.ne.s et qui n’attendent que les infrastructures et les conditions propices soient réunies pour se révéler au monde. N’attendons pas que ces potentiel.le.s champion.ne.s dans l’âme s’expatrient pour ensuite leur courir après, quand ils/elles seront devenu.e.s champion.ne.s olympiques ou des champions du monde, etc., pour le compte d’autres pays, à l’instar de Clarisse Agbegnenou ou de Félix Auger-Aliassime. Il serait surabondant d’évoquer le cas de Benjamin Boukpeti, ou plus récemment celui de Bradley Barcola, entre autres.

 

[Pardon. Construisez-nous des complexes sportifs olympiques, des gymnases, s’il vous plait.]

 

Prenez soin de vous!

 

Bibi

 

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