Economie

PERSPECTIVES ECONOMIQUES POUR 2022 : cas du Togo  

 

  • “Faire face à une longue crise sanitaire de la COVID – 19”

 

La crise sanitaire de la COVID-19 a déjà fait plus de 5 millions de morts dans le monde et plus de 240 morts au Togo. Elle n’a épargné ni les pays riches ni les pays pauvres. Les européens craignent en cette fin d’année 2021, l’avènement d’une cinquième vague de contamination, qui pourrait s’expliquer par la faiblesse de l’action du vaccin avec le temps. En cette fin du mois d’octobre, le Togo se trouve plutôt dans une situation favorable, avec la baisse drastique du nombre de contamination (environ 200 cas confirmés contre plus de 4 000 il y a quelques mois). Dans sa stratégie de riposte à la pandémie, le Togo a opté pour des confinements partiels et épisodiques, en fonction de l’évolution locale de la pandémie, laissant ainsi les populations vaquer à leurs occupations. Comme nous l’avions suggéré dans une émission radio le 31 mars 2020, toute autre option pour le Togo serait suicidaire pour son économie. Il est plus qu’évident, qu’un tel choix, entrainera épisodiquement des augmentations de cas, que les gouvernants devraient traiter en toute intelligence. Les autres propositions que nous avions faites lors de cette émission radio, n’ont pas été prises en compte. Elles concernent notamment, la vulgarisation du masque par une subvention de 3,5 milliards de FCFA.

 

Il est désormais clair aux décideurs, que cette crise sanitaire sera longue. Le processus de vaccination pourrait atteindre ses limites, avec les futures mutations du virus, engendrant ainsi de nouvelles incertitudes. Les mesures barrières, notamment le recours au masque, restent la

 

 

Figure 1 : Doses de vaccins administrés par région, 2021. Sources : Our world in data : Banque Mondiale – indicateur de développement dans le monde.

 

Figure 2 : Echantillon de région : pertes d’apprentissage dues à la COVID-19. Sources : Banque Mondiale, Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) ; Deuxième Cycle de l’enquête sur les ripostes nationales aux fermetures d’école liées à la COVID-19.

 

clé pour mieux se protéger dans les Pays à Faible Revenu (PFR) tel que le Togo. En effet, le niveau du pouvoir d’achat et les conditions financières des PFR, restreignent radicalement leur capacité de riposte face à la pandémie, notamment en ce qui concerne la vaccination. Pendant que les pays avancés obtiennent suffisamment de doses pour vacciner leur population, les pays de l’Afrique Subsaharienne (AfSS) peinent à vacciner le leur (figure 1). Les pays avancés ont obtenu plus de 25 doses pour cent habitants dès avril 2021, alors que l’AfSS disposait de moins d’une dose pour cent habitants. Cette forte progression des doses disponibles et du processus de vaccination dans les pays avancés, explique la vigoureuse reprise, en terme d’activités économiques, observée dans l’hémisphère nord par rapport au sud.

 

Les conséquences de la pandémie sont multiples et variées selon les pays et les régions. Au-delà des conséquences économiques et financières notamment : les déséquilibres de l’offre et de la demande, les déséquilibres des chaines d’approvisionnement, les rallongements des délais fournisseur, l’augmentation des déficits budgétaires, l’accumulation de la dette publique, l’insuffisance des ressources financières disponibles ; des conséquences sociales et politiques aux multiples facettes commencent par apparaitre. A titre d’exemple, les répercussions de cette crise, en terme de perte d’apprentissage, présagent d’effets néfastes dans le processus de formation des jeunes dans certains PFR. Les pertes d’apprentissage, sont plus prononcées au niveau de l’AfSS qu’au niveau des Pays Emergents et Pays en Développement (PEPD) et des pays avancés (figure 2). Les pertes d’apprentissage dues à la COVID – 19, représentent en moyenne environ 70 jours d’éducation manqués dans les pays de l’AfSS. En revanche, elles ne représentent en moyenne moins de 20 jours dans les pays avancés (figure 2).

 

  • Difficile rebond sur le plan économique en AfSS

 

Après deux années de crise sanitaire, une timide reprise de l’économie mondiale se dessine de façon inégalitaire. Dans les pays avancés, la reprise est en grande partie portée par les mesures publiques de soutien d’une ampleur exceptionnelle, avec une politique accommodante des banques centrales. En revanche, les pays d’AfSS, possèdent une très faible marge de manœuvre en matière de politique budgétaire et monétaire. Aussi, l’accumulation de la dette dans le cadre de la riposte et la relance économique, aura des incidences variées sur l’activité économique de chaque pays. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), un point de dette accumulée par les pays de l’AfSS, entraine 1,2 point de perte de la production. Par contre, un point de dette accumulée par les pays avancés, n’entraine que 0,14 point de perte de production (figure 3). Tout en accumulant moins de dette que les pays avancés et les PEPD, l’AfSS enregistre quand même une plus grande perte de niveau de production. La présentation de la figure 3 est illustrative d’abord, de la marge de manœuvre dont dispose les pays avancés en terme de politique budgétaire et monétaire. Elle est ensuite illustrative, de la confiance des marchés financiers en leur système de production par rapport à celui des Pays à Faible Revenu (PFR) et des Pays à Revenu Intermédiaire (PRI). Elle est enfin, illustrative de l’évaluation des niveaux de risque et des primes de risque que les apporteurs de capitaux anticipent dans le cadre de cette pandémie.

 

Figure 3 : Echantillon de région : perte de production et accumulation de dette publique due à la COVID-19, 2020 – 2021. Sources : FMI, base de données des perspectives de l’économie mondiale.

 

Figure 4 : Croissance du PIB réel. Sources : FMI, Perspectives Economiques Régionales, Afrique Subsaharienne, Faire face à une longue pandémie, avril 2021.

 

Selon les prévisions du FMI, en 2021, l’AfSS enregistrera une croissance de 3,4 %, contre une prévision de 3,1%, sous l’impul­sion d’une augmentation des exportations et des cours des produits de base, d’une reprise de la consomma­tion des ménages et de l’investissement privé. Cette reprise va se confirmer en 2022 en AfSS avec une croissance de + 4%. On observe ainsi un rebond en 2021 et 2022 après 2020, qui sera plus rapide pour les PFR (figure 4). Cette performance de l’économie des PFR après 2020, s’explique selon le FMI, par une reprise modeste dans les secteurs de l’agriculture et des services. La figure 4 nous montre que la zone de l’Union Economique et Monétaire Ouest africaine (UEMOA), enregistrera des taux de croissance de + 5,2% et + 6,6% respectivement en 2021 et 2022. Toutefois, une grande incertitude entoure encore les prévisions actuelles, et la pandémie mondiale demeure le principal risque. Ainsi, en dehors des efforts qui sont faits pour sauver des vies, des mesures concrètes et appropriées de moyen terme sur le plan économique, doivent être prises pour éviter la catastrophe, surtout dans les PFR. Il faut espérer, que l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD) du G20, apportera un sou­tien aux PFR en terme de liquidité et de résilience face à la longue durée dans laquelle s’inscrit la crise sanitaire.

 

  • Les prévisions pour le Togo en 2022

 

Au Togo, les populations accueilleront 2022 dans un contexte particulier, avec notamment :

 

  • L’activation des niches fiscales de la part des gouvernants telles que la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM) ;
  • La hausse des tarifs des péages entre + 50% et + 100% ;
  • La hausse des prix des biens et services tels que le carburant ;
  • La hausse des prix des denrées alimentaires de première nécessité entre + 72% et + 100%;
  • La hausse des tarifs mondiaux du transport entrainant de fait des coûts supplémentaires à l’importation.

 

Cet environnement marqué par une hausse du niveau général des prix, sera la principale inconnue en 2022 au Togo en terme de comportement au niveau de la consommation des ménages, des entreprises voire de l’Etat (baisse de – 1,86% des dépenses prévisionnelles de

 

 

Figure 5 : Echantillon de régions – Togo : projections de croissance 2021 – 2022. Sources : Perspectives Economiques Régionales, Afrique Subsaharienne, Faire face à une longue pandémie, avril 2021.

 

Figure 6 : Evolution des ressources propres et de l’amortissement de la dette du Togo 2019 – 2023. Source : Projet de budget programme du Togo 2021 – 2023..

 

biens et services au niveau du budget programme prévisionnel de l’état en 2022). Toutes les analyses prédisent que cette hausse des prix risque de s’installer dans la durée. Pour les PFR tels que le Togo, cette hausse des prix sera un des principaux déterminants dans les prévisions de croissance pour 2022.

Nonobstant cet environnement qui prévaudra en 2022, nous constatons un certain optimisme des gouvernants togolais, d’abord à travers le budget programme 2021 – 2023 qui a tracé les grandes lignes qui détermineront la croissance économique en 2022. Ensuite, le récent avant-projet de collectif budgétaire, sur lequel nous nous prononcerons en temps opportun, semble indiquer, selon les gouvernants, des signaux favorables pour le Togo en 2022. En réalité, selon la trajectoire du budget programme précédemment élaboré, en 2022, les gouvernants du Togo tablent sur un solde budgétaire (dons compris) négatif de – 201,6 milliards de FCFA (– 4,1 % du PIB) avec des ressources propres de 770,11 milliards de FCFA et un service de la dette de 569,7 milliards de FCFA (figure 6). Les prévisions budgétaires tablent sur une augmentation moyenne annuelle des ressources propres du pays de + 4,3% contre celle du service de la dette de 0,93% sur la période 2019 – 2023. Tout en enregistrant une hausse de + 11,79% en 2022, on constate dans la programmation des prévisions, une hausse modérée du service de la dette sur la période 2019 – 2023. Sur un autre volet, pendant que les dépenses du personnel (masse salariale) observent une légère augmentation de + 3,44%, celles des biens et services enregistrent un recul de – 1,86% en 2022 par rapport à 2021. Aucune précision n’a été apporté par le budget programme, sur le taux de croissance économique. Cependant, il est prévu pour 2022, une progression du Produit Intérieur Brut (PIB) de + 7,78% en 2022 par rapport à 2021.

 

Selon les prévisions du FMI (figure 5), à l’instar des autres régions du monde, le Togo enregistrera en 2021 et 2022 un rebond de la croissance. Elle passera de 1% en 2020, à + 3,5% en 2021, puis à + 4,5% en 2022. Elle restera moins forte qu’en zone UEMOA, mais plus élevée qu’en AfSS (figure 5). Malheureusement, en dépit de ce niveau de croissance, les populations constatent au jour le jour, la baisse de leur pouvoir d’achat et la détérioration de leurs conditions de vie.

 

A l’instar de ce qui s’est passé en 2020 et 2021, l’année 2022 se présente avec toutes les incertitudes. Les performances de l’économie mondiale, de celles des économies régionales et nationales, dépendront une fois de plus, essentiellement de l’évolution de la pandémie. Pour l’heure, le processus de vaccination semble rassurer les uns et les autres. L’optimisme semble être de retour dans les pays avancés avec la reprise progressive du commerce mondiale. L’évolution des nouveaux paramètres tels que la hausse des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des transports, sont à surveiller quant à leur répercussion sur le comportement des consommateurs en 2022.

 

Au Togo, les populations, résignées, se sont tournées depuis longtemps vers la Divine Providence. Les dernières augmentations des prix des biens de premières nécessité, du carburant et la réactivation des niches fiscales, indiquent déjà l’environnement de précarité dans lequel va évoluer le pays en 2022. La correction de la trajectoire actuelle aurait dû prendre racine en 2017. L’une des priorités pour les gouvernants dès à présent, est la poursuite de la mobilisation des ressources propres du pays avec la fermeture des trous budgétaires ainsi que leur bonne utilisation. C’est le moment de la capacité de réflexion, de la profondeur de réflexion, de la justesse dans les réflexions, des initiatives innovatrices, de l’élargissement de l’assiette fiscale par la création de nouveaux segments d’activité, afin d’arrêter la faim et le développement de l’extrême pauvreté qui s’annoncent. Les affectations budgétaires doivent être revues afin de maintenir le niveau de consommation des ménages, des entreprises et de l’état pour influencer positivement la croissance et confirmer le rebond tant souhaité. Nous espérons, pour le bien de nos concitoyens, que les nouvelles relations de coopération politique, économique et sécuritaire entamées avec des pays tels que la Turquie, permettront au Togo de relever la tête en 2022.

 

 

Puisse la Divine Providence veiller sur nous et marcher à nos côtés.

Thomas Dodji Nettey KOUMOU

Veille Economique

 

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